(Appel pour une assemblée)

La condamnation des employés de Goodyear à 9 mois de prison ferme. Les menaces appuyées du patronat corse sur les grévistes de la SNCM et la condamnation des employés à 30 000 euros par jour de blocage du port de Marseille. Plus largement la répression active des luttes sociales, des manifestations… Bienvenue sous l’état d’urgence. Il y a deux mois, c’était pas Disneyland non plus, mais depuis la répression a mis le pied sur l’accélérateur.

Les dernières décennies ont accumulé les mesures sécuritaires, plans vigipirates, tribunaux d’exception, fichage ADN, écoutes généralisées etc. Toutes ces mesures n’ont pas empêché les attentats.
Bien sûr il y a les tueries de masse de novembre dernier. Bien sur il y a les calculs des politiques, la montée électorale de l’extrême droite. Tout cela participe d’une ambiance propice à des mesures d’exceptions. Le traitement médiatique hystérique qui en a été fait a encore rajouté à cette ambiance délétère.
Les mêmes politiques intérieures et extérieures qui conduisent aux attentats en sortent ainsi renforcées. Les guerres, la misère et le désespoir fourniront les conditions de nouveaux attentats.
Il est illusoire de croire que donner les pleins pouvoirs à la police va protéger la population.  Autant qu’il est mensonger de prétendre que bombarder les populations vivant sous le joug de Daech va les aider à s’en libérer. De la même manière, la déchéance de la nationalité n’est en rien un  rempart contre les attentats, mais plutôt un message fort contre les millions de personnes qui sont  nées ici de parents étrangers et ont conservé une autre nationalité, pour leur faire peur, pour qu’elles se taisent.
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A quoi sert l’état d’urgence ?
L’État d’urgence s’inscrit dans -et seulement- dans une logique de crise du capitalisme. Bientôt 6 millions de chômeurs en France et une nouvelle crise qui s’annonce alors que la précédente n’est toujours pas terminée. Le pouvoir accumule les moyens répressifs, législatifs pour mettre en place l’austérité pour toute-s les prolétaires. De nouvelles mesures d’austérité toujours plus dures sont en préparation. Tout est fait pour museler par avance nos oppositions, nos résistances.
D’autant qu’il y a déjà à faire : ANI, Loi Macron, fermeture  des accueils de la CAF et de pôle emploi,  autant de mesures que l’état d’urgence renforce, parce qu’une loi n’est rien sans l’appui de la force.

L’État va s’empresser d’utiliser ses nouvelles armes contre tous ceux qui contestent : c’est déjà le cas avec les assignations à résidence de militants anti-COP21 et cela le sera demain pour des grévistes ou d’autres manifestants pas assez pacifiques. Rappelons aussi que l’état d’urgence permet de fermer tout lieu soupçonné d’accueillir des réunions « susceptibles de provoquer ou d’entretenir du désordre » par simple décision du préfet. Que n’importe quelle association considérée comme dangereuse par le ministère peut être dissoute…

L’état d’urgence et la propagande sécuritaire servent aussi à détourner les responsabilités.
Qui veut la guerre ? certainement pas les populations d’Irak et de Syrie, du Moyen-Orient, mais logiquement ceux qui sans cesse accumulent des armes de plus en plus sophistiquées pour exploiter les travailleurs partout dans le monde et piller les richesses.
De même ici ce n’est pas la jeunesse ouvrière qui est responsable de la crise et du chômage, c’est pourtant elle qui est ciblée et remplit les prisons.

Combien de perquisitions dans les beaux quartiers ?
Déjà des milliers de perquisitions. Des policiers surgissant à toute heure, fracassant les portes, détruisant les appartements. Contre qui ? Presque toujours des prolétaires, des habitants des quartiers ouvriers. Désignés aux yeux de leurs voisins, par le jeu des rumeurs, par les on-dit, jusque chez leurs employeurs, à l’école de leurs enfants, etc, comme des terroristes massacreurs en puissance.
Tout cela est banal, normal. C’est la réalité de l’état d’urgence. La réalité du racisme aussi. L’origine de certains prolétaires, leurs fréquentations  réelles ou supposées de lieux de cultes sont arbitrairement suspectes aux yeux de l’État, des flics, ou encore de petits fachos en herbe et autres dénonciateurs zélés.
Comme toujours dans ce genre de dispositifs policiers, on s’attaque d’abord à des cibles particulières, avant d’étendre à l’ensemble de la population. On nous a déjà joué la même blague, avec le fichage ADN qui devait nous protéger des « violeurs et des pédophiles » et qui est devenu une pratique normale pour les prolos qui passent par la case garde à vue.
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Retour à la normale ?
Comme nous l’écrivons plus haut, l’état d’urgence s’inscrit dans un contexte de crise du capitalisme. Pour rester compétitifs, pour surnager dans la crise, le patronat s’en prend toujours plus durement à  nos conditions de vie et de travail.
Revendiquer seulement la fin de l’État d’urgence est loin d’être suffisant.  Défendre le « retour à la normale » d’un système qui fonce dans le mur, c’est valider une logique qui conduit tout droit à la catastrophe.
Le contenu de cette catastrophe, nous le connaissons déjà. C’est l’exploitation, les interventions impérialistes, l’état policier… Et notre situation qui ne fait qu’empirer.
Dans l’immédiat nous appelons à une assemblée sur la base d’un accord minimal avec ce texte, assemblée que nous comprenons comme un moment d’un large combat pour détruire le capitalisme.

Pourquoi une assemblée ?

Face à la situation actuelle, plusieurs réunions publiques se sont tenues, proposant peu de perspectives. Plusieurs cartels regroupant associations, syndicats d’un côté, partis et organisations politiques de l’autre se sont rassemblés, notamment pour appeler à la manifestation du 30 janvier.

Il manque un espace d’organisation à la base, pour toutes celles et ceux qui souhaitent se retrouver ensemble pour lutter. Une assemblée avec un fonctionnement horizontal, pour élaborer ensemble, pour débattre, pour construire notre solidarité de classe face à l’éparpillement et à la répression des luttes sociales. Une assemblée qui ne s’arrête pas à la contestation de l’état d’urgence au nom des libertés civiles. Une assemblée qui s’attaque plus largement à ce qui a rendu l’état d’urgence nécessaire aux yeux de l’ Etat : la continuité de l’exploitation, la gestion de la misère et de la pénurie.

Assemblée samedi 30 à 16h30 à la chapelle

(36 Rue Danielle Casanova, métro Compans-Caffarelli)

 

Une version PDF de l’appel à l’assemblée.

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6 Responses

  1. cyanure

    Beaucoup d’efforts policiers et étatiques en somme pour museler une opposition introuvable, pour faire taire des révoltes qu’on n’entend pas, pour réprimer les gentils opposants à la COP 21 qui n’ont jamais dérangé personne. L’État voit loin, il envisage même les problèmes qu’il n’a pas encore. Heureusement que les révolutionnaires sont là pour nous dévoiler ses intentions secrètes. Et ils voient loin aussi pour eux-mêmes, puisqu’ils sont d’ores et déjà capables d’envisager leur propre action comme un “large combat pour détruire le capitalisme”. Et qu’ils ne se laissent pas intimider par l’état d’urgence pour le dire. Gageons que les auteurs de ces lignes seront pris au sérieux par le Léviathan, et sont déjà – préventivement – sous les verrous.

    Et si l’état d’urgence était véritablement un outil pour lutter contre la menace terroriste ? Si cet outil était simplement réclamé par la police, d’une part, et par la population dans sa grande majorité, qui a peur, et à juste titre, parce que le massacre de 160 personnes, avant d’être un prétexte ou une “ambiance”, est bel et bien un massacre ? Et si la déchéance de nationalité n’était qu’une mesure inapplicable pour draguer les électeurs du FN ? Si “l’ambiance” était au sécuritaire parce que “l’ambiance” est à la guerre ? Et si tout ça n’était qu’une affaire d’États entre eux, d’États et de leurs bons citoyens (lesquels, contrairement à ce que vous prétendez, pour faire peur, ne seront jamais concernés par l’état d’urgence, spécialement conçu pour désigner les “mauvais sujets”), et n’avait rien à voir avec la répression “préventive” d’un mouvement social dont l’absence crève les yeux ? Tellement une affaire entre État et bons citoyens que l’opposition à l’état d’urgence se fait au nom de “nos” libertés publique, et l’opposition à la déchéance de nationalité au nom de “notre” Constitution. La gauche, quoi. A quoi vous appartenez, que vous le vouliez ou non.

    Et si en somme, il n’était question de réprimer des révoltes inexistantes que dans les fantasmes des révolutionnaires en herbe, qui s’imaginent que “La Crise” produit mécaniquement “La Révolte” et se cramponnent depuis 2008 aux mesures d’austérité comme à un talisman, sans voir qu’elles ne créent que plus de nationalisme, plus d’appel à l’État. Et si le seul souci du gouvernement français était de satisfaire sa police, d’éviter si possible de nouveaux massacres dans sa capitale, et de remporter les prochaines élections, tout bêtement ?

    Et si les “révolutionnaires” supposés, en l’absence de tout mouvement réel, n’avaient simplement pas leur place dans toute cette histoire ? Tout ce texte donne l’impression d’une effrayante inversion, d’un tour de passe-passe où disparaissent des terroristes bien réels pour laisser place à des révolutionnaires inexistants. Et où du coup on ne parle jamais de ce qui existe, de ce qui apparaît immédiatement, pour renvoyer aux lointaines instances de “La Crise” et du “Capitalisme”.

    Ne vous étonnez pas, dès lors à vous retrouver une fois de plus entre vous dans vos assemblées vides de sens. Parce qu’à force de ne parler de rien en croyant tout dire, vous laissez les gens face à l’évidence. Vous ne trouverez personne pour trouver qu’il y a trop de flics quand des malades sont capables de tires à l’arme lourde sur des terrasses de café avant de se faire exploser. C’est comme ça. Vous ne trouverez personne pour se scandaliser qu’on perquisitionne des mosquées ou qu’on inquiète des musulmans dès lors que ces malades se réclament de l’Islam. C’est comme ça. Les gens sont raisonnables, que voulez-vous, et pas spécialement de gauche. Et si ça n’était pas la police qui s’occupait de la question terroriste, ça serait qui ? Des milices populaires ? Ça serait joli à voir. Vous, les communistes ? Et si les frappes aériennes contre l’OEI sont inutiles, est-ce que vous pensez organiser des réseaux pour aller en Syrie les affronter sur le terrain ? Bien sûr, dit comme ça, ça paraît absurde, mais à force, cela devient un peu gênant, vous ne trouvez pas, de ne JAMAIS RIEN FAIRE, de n’avoir prise sur rien, pour des communistes, non ? Et de ne JAMAIS tirer les leçons de cette criante impuissance, sans précédent dans l’histoire du mouvement communiste ? Au moins, simplement, en se taisant, au lieu d’appeler les gens à se rassembler autour de vous et de cette impuissance ? Parce que, soyons sérieux, pourquoi, d’un point de vue pratique, est-ce qu’on viendrait vous rejoindre ? Pour “détruire le capitalisme” ? Mazette. Vous êtes sérieux ? Vous le savez bien : ça n’arrivera pas, les gens ne sont pas idiots, ils savent bien que vous ne vous adressez pas à eux. Cet “appel” n’est qu’une pétition de principe, pour marquer le coup, et à usage seulement interne.

    Bon, allez, restez entre vous, vous pourrez vous congratuler pour votre clairvoyance, et vous demander – à perte de vue – comment étendre cet entre-soi à tout un chacun. Vous n’avez pas fini de vous amuser. Faites de beaux rêves.

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    • pouet

      C’est marrant je lis à peu près le même type de commentaires sur le site du “monde”… ça doit être un signe!
      Pas grand chose à répondre à un pavé qui n’est que crachas, désespoir et appel à rester planqué. A part que si tu parles comme ça dans la vrai vie tu dois souvent te prendre des beignes par les fameuses milices populaires! (mais je suppose que le choix du militantisme, que dis-je de la polémique, derrière son écran est un choix mûrement réfléchi).
      Mais le passage qui fait de la crise et du capitalisme de “lointaines instances” par rapport aux attentats m’a beaucoup fait rire en tout cas. On doit pas bosser dans les mêmes milieux…
      Allez sans rancune l’aigri et laisse les gens rêver s’ils le veulent.

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  2. pimc

    En effet “pas grand chose à répondre à ce pavé [plus de 140 caractères!!] qui n’est [, loin sans faut, pas] que crachat, désespoir et appel à rester planquer”. Symptômes de l’imperméabilité à la critique, de l’impossibilité de l’autocritique, ces “lol, mdr” viennent comme clore un débat trop rare et sans doute entamé avec acrimonie mais sans méchanceté. La convocation d’une figure tutélaire pour certifier de sa moralité, l’accusation d’aigreur, la référence aux beignes; tous cela laisse un gout étrange dans une discussion politique. L’homme (la femme) parle de sa pensée de façon argumentée, on lui répond qu’on “doit pas bosser dans les mêmes milieux” et qu’il faut laisser “les gens rêver”. Moi qui pensais que le communisme était une pensée matérialiste loin du rêve et de l’idéalisme, moi qui pensais que la jeunesse disposait de nos jour d’une éducation forte capable de formuler des critiques construites, je suis déçu.
    Cyanure relève pourtant beaucoup de problèmes centraux dans les mouvements révolutionnaires communistes (au sens large) d’aujourd’hui. Si le verbe est dur et le trait forcé cela ne m’empêche pas de reconnaitre que “l’opposition [est] introuvable” ou produit “des révoltes qu’on n’entend pas”, en effet invoquer sans cesse “un mouvement social dont l’absence crève les yeux” revient à éviter de se poser la question de sa mise en place. De même ces militants “qui s’imaginent que « La Crise » produit mécaniquement « La Révolte » et se cramponnent depuis 2008 aux mesures d’austérité comme à un talisman, sans voir qu’elles ne créent que plus de nationalisme, plus d’appel à l’État” font partie des pires aveugles, ceux qui ne veulent pas voir. “Et si les « révolutionnaires » supposés, en l’absence de tout mouvement réel, n’avaient simplement pas leur place dans toute cette histoire ?” demande Cyanure, questionnement légitime à l’heure ou il est permis de se demander si l’inéluctabilité historique du communisme n’est pas un mythe, à l’heure en effet où le monde mue et où ceux qui ne refondent pas leurs pensées et leurs actions en fonction de cette mue seront laissés en dehors de l’histoire. “Mais à force, cela devient un peu gênant, vous ne trouvez pas, de ne JAMAIS RIEN FAIRE, de n’avoir prise sur rien, pour des communistes, non ? Et de ne JAMAIS tirer les leçons de cette criante impuissance, sans précédent dans l’histoire du mouvement communiste ?” Oui Cyanure, gênant, pour le moins gênant. “Cet « appel » n’est qu’une pétition de principe, pour marquer le coup, et à usage seulement interne” finit Cyanure et en effet, elle (lui), venue (venu) de l’extérieur n’a reçu que de piètres réponses : passe ton chemin toi qui pense autrement, tu n’es pas beau dans mon rêve.

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    • Nique l'autocritique

      ” plus de 140 caractères!” Pourquoi ne pas ajouter “pauvre France…”?
      “Un débat trop rare” Euh tu ne t’es pas aperçu que le texte de base était un appel à une Assemblée? C’est à dire justement un cadre de discussion?
      De plus, lorsque Cyanure reprend des vieux poncifs du discours sécuritaire sous prétexte de briser le politiquement correct communiste, il faut lui répondre patiemment?
      Citons sa prose:
      ” Et si tout ça n’était qu’une affaire d’États entre eux, d’États et de leurs bons citoyens (lesquels, contrairement à ce que vous prétendez, pour faire peur, ne seront jamais concernés par l’état d’urgence, spécialement conçu pour désigner les « mauvais sujets »)”
      Sérieux ? Cyanure reprends sans moufter le discours du pouvoir, et on doit répondre gentiment… Mais les perquises dans les quartiers ouvriers c’est quoi? Les gens perquisitionnés, le flicage massif, etc ? Et finalement le discours antiterro dis la vérité et nous, sales révolutionnaire de mauvaise foi, passons notre temps à voir le mal partout?
      Les bons citoyens ! Nous parlons encore de classe sociales par ici. On cherchera en vain les termes de classes, d’ouvriers, etc. Dans le texte de Cyanure.
      Pour la dernière partie du texte, sur “l’impuissance des communistes”.
      Il y a là un beau retournement, justement. Comme si c’était la première fois que le mouvement communiste était faible; comme si c’était une raison suffisante pour nous taire.
      Le problème, c’est qu’on est des galériens, qu’on voit que le capital nous conduit droit à l’écrasement, que pour nous la crise c’est pas une lointaine instance. Alors faudra plus que quelques remarques méprisantes pour nous décourager.
      Sérieux: je cite encore cyanure: “cette criante impuissance, sans précédent dans l’histoire du mouvement communiste” Je crois qu’on a pas la même vision du 20e siècle.

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  3. cyanure

    Pour précision, distinguer entre “bons citoyens” et “mauvais sujets”, c’est dire que tout le monde n’est pas traité de la même manière dans l’état d’urgence, qui est en l’occurrence plus spécialement dirigé contre la frange surnuméraire du prolétariat musulman (aka : “mauvais sujet”), et est destiné à rassurer ou à satisfaire le racisme de la classe moyenne et de la part intégrée de la classe ouvrière, ceux qui votent en somme (aka : “bons citoyens”). Ça ne peut guère être pris pour un “poncif du discours sécuritaire”. Et si j’introduisais cette distinction, c’était précisément pour réfuter l’idée que l’état d’urgence finisse par s’en prendre à “l’ensemble de la population”, comme vous le dites dans votre texte, ce qui est, du coup une formulation véritablement a-classiste, et qui met de côté les divisions réelles de la société. On n’a pas tout dit une fois qu’on a écrit “classes” et “ouvriers” : il faut spécifier.

    Mais je soupçonne que l’existence réelle des classes vous intéresse moins que son utilisation fétichiste : NOUS, les opprimés, la Classe Ouvrière, contre EUX, le Capital, l’Etat, les flics, les Bourgeois et tutti quanti. Vous avez sûrement pour projet de monter un Parti ou un truc du genre, un truc de ce XXe siècle que vous connaissez si bien, mais ça ne va pas se passer comme ça, et je vous conseille vivement de vous intéresser au monde actuel au lieu de coller sur les choses de gros pâtés de discours prémâchés, et arrêtez d’écouter Jean Ferrat, par pitié, c’est ridicule.

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